Si Gilad Atzmon est antisémite, alors je le suis aussi ! (La Parabole d’Esther)

Posted on mai 14, 2012

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« Alors que, par le passé, un ‘antisémite’ était quelqu’un qui haïssait les juifs, de nos jours, c’est l’inverse : un antisémite, c’est quelqu’un que les juifs haïssent ».

Si cette formule, présente à la page 100 de la Parabole d’Esther, ne saurait être universelle, elle a le mérite de donner des explications aux raisons motivant les campagnes de calomnie qui frappent Gilad Atzmon.

Au même titre que Jacob Cohen, qui s’est exprimé en soutien à ce « juif haineux de lui-même et fier de l’être », je voulais moi aussi alerter l’opinion sur ces procès d’intention parfaitement injustifiés. En tant que « juif félon » (pour reprendre l’expression de Joseph Lapid à propos de Victor Ostrovsky, auteur d’un ouvrage sur les sayanim) je m’identifie aussi à cet homme, et aux critiques véhémentes qu’il a pu recevoir, même si les attaques dont j’ai pu faire l’objet jusqu’à présent n’ont rien de comparable à celles dont il peut être victime. Peut être que cet article viendra combler ces manquements. Ce masochisme apparent s’explique par le fait que dans notre société policée, être l’objet de critiques délirantes est devenu un gage de reconnaissance du travail accompli.

Le livre de Gilad Atzmon est sans doute la lecture la plus stimulante qu’il m’ait été donné d’effectuer sur le sujet du sionisme. Ce n’est pas une bible, loin de là. On peut davantage y voir un appel au débat que les calomniateurs et les propagandistes cherchent justement à tuer dans l’oeuf. Car des réflexions qui sont développées ici, la résultante n’est point un appel à la haine raciale, ou encore au choc des civilisations. Non, ce livre ouvre bel et bien des perspectives pertinentes pouvant permettre d’arriver à une paix durable et juste en Israël-Palestine.

De la campagne de diabolisation concernant la Parabole d’Esther, la tribune qui m’a le plus outré n’est autre que celle de Dominique Vidal (ex rédacteur au Monde Diplomatique), dont le titre résume à lui seul la pensée réductrice de son auteur (notamment repris par Conspiracy Watch, site internet contre-insurrectionnel visant à discréditer les chercheurs de vérité) : Les protocoles de Gilad Atzmon.

Sa technique est simple. Procéder à une accumulation de citations sorties de leur contexte, dont le caractère provocant est utilisé pour démontrer la thèse suivante : Gilad Atzmon ferait preuve d’un « antijudaïsme primaire », visant « les juifs et le judaïsme en général ». Taxer ceux qui décident d’user de leur esprit critique pour faire avancer la paix via des pistes peu explorées d’antisémitisme semble d’ailleurs être un exercice dont Dominique Vidal est friand. Son « article » à propos d’Israel Shamir (Un juif israélien, un antisémite virulent), partisan d’un Etat binational, est là pour en attester.

Il n’est nullement question pour moi de considérer Gilad Atzmon comme un saint qui posséderait la Vérité universelle. Mais celui-ci fait preuve d’une sincérité et d’un courage qui manque à nombre d’intellectuels Juifs. Ceci est d’autant plus vrai concernant les juifs français, qui sont parmi les plus timides en terme de critique du sionisme et de questionnement de l’identité juive. Il n’y a qu’à jeter un oeil sur ce qu’il se passe outre-atlantique : la politique de lobbying de l’AIPAC y est vivement critiquée par certains juifs américains. On aimerait qu’une telle dissidence puissent exister en France, mais elle est aujourd’hui canalisée par des organisations de « Juifs de gauche » comme Jcall ou encore La Paix Maintenant et Une Autre Voix Juive qui restent bien timides en terme de critique du sionisme et des dangers qu’il peut représenter pour la communauté juive en France, ainsi que pour ses victimes collatérales. Bref, ces « juifs pour ceci, et juifs pour cela » que Atzmon dénonce, et qui ne font, malgré eux ou consciemment, qu’apporter une caution morale à une idéologie dont l’Histoire a démontré les limites et la validité conceptuelle.

Bref, je reviens au sujet et à l’article de Dominique Vidal. Plutôt que de me borner à commenter point par point son argumentation fallacieuse, je ne ferais qu’effectuer le même type d’exercice auquel il s’est adonné : extraire quelques citations du livre de Gilad Atzmon. A la lecture de celles-ci, il apparaît comme évident que les contradicteurs d’Atzmon, qui le qualifient « d’antisémite » semblent soit atteint d’une dissonance cognitive aigüe, soit d’une mauvaise foi intellectuelle incurable.

P29 : « La parabole d’Esther s’efforce de réexaminer la « Question juive » sous un angle nouveau. Plutôt que de raisonner sur diverses questions tournant autour des droits et du statut national des juifs en tant que peuple ou en tant que minorité, ce livre entend démêler une des questions les plus complexes de la politique occidententale contemporaine. Il questions la signification de la judéité. Il cherche à cerner le continuum existant entre la politique identitaire juive, et le comportement de l’Etat israélien. Je suis convaincu que dès lors qu’Israël se définit ouvertement comme l' »État juif », nous sommes parfaitement en droit de nous interroger sur la signification réelle des notions de judaïsme, judéité, culture et idéologie juives. »

P29 : « Il convient toutefois d’indiquer que cette réflexion établit un distinguo entre les juifs (en tant que peuple), le judaïsme (la religion, et la judéité (l’idéologie). Elle se focalise principalement sur cette dernière catégorie, et procède à une critique de la politique identitaire juive et de l’idéologie contemporaine. Bien que certains propagandistes juifs aient affirmé que ce texte serait ‘antisémite », je réfute leurs accusations. Ce travail n’est dirigé ni contre les juifs ni contre le judaïsme. Cela ne m’empêche pas de critiquer un ensemble d’idées et de philosophies de nature tribale mais à visées mondiales non dissimulées. »

P31 : « Ma conviction est que le fait d’être solidaire de Palestiniens revient à sauver le monde. Sauver la Palestine, c’est réinstaurer la vérité, la paix, et la justice. Mais, pour cela, nous devons avoir le courage de nous réveiller et de prendre conscience qu’il ne s’agit pas simplement d’un combat politique. (…) Il est beaucoup plus difficile de combattre un état d’esprit que des gens, pour la simple raison que cela exige que nous luttions contre les traces que cet état d’esprit a laissées en nous-mêmes. Si nous voulons nous battre contre « Jérusalem », nous devons, au préalable, affronter notre « Jérusalem » intérieur. Peut être ferions-nous bien de nous regarder dans un miroir et de regarder aussi autour de nous ? Peut être serait-il bon de rechercher un reste d’empathie en nous-mêmes, en espérant qu’il y en ait encore ? »

P33 : « Ma lecture de la politique et de l’idéologie identitaires juives vise à une compréhension d’ordre philosophique. En lieu et place de l’historicité et de la compréhension politique, je chercher à appréhender l’interprétation juive de l’historicité et la métaphyisque définissant l’identité politique juive qui découle de celle-ci. Je suis entièrement conscient du fait que cette démarche n’a cessé d’être impopulaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais ma conviction est que la situation mondiale actuelle, réellement accablante, nécessite un changement urgent dans notre attitude intellectuelle et philosophique vis-à-vis de la politique, de manière générale, et en particulier de la politique identitaire et de l’Histoire. Je suis persuadé que plus que tous les autres, des sionistes et les juifs antisionistes tireraient un grand profit de la prise en compte des idées que j’expose ici, qui pourraient être des outils pour leur réflexion personnelle et pour un débat ouvert. »

P51 : « Dans ce livre, je m’efforcerai de décritoer cet embrouillamini. Je présenterai une critique impitoyable de la politique et de l’identité juives. Néanmoins, il est crucial de le mentionner, avant d’aller plus avant, qu’il ne s’y trouvera nulle référence aux juifs en tant qu’ethnie ou en tant que « race ». (…) Ce livre ne traite pas des juifs en tant que peuple ou en tant qu’ethnie. S’il y a une chose que mes études sur ce sujet tendent à démontrer, c’est bien que les juifs ne forment aucune espèce de continuum racial. En résumé, ceux qui sont en quête d’une interprétation du sionisme fondée sur le sang ou sur la race devront aller la chercher dans les écrits d’un autre, pas dans les miens. Dans mon travail, je m’interdis, par ailleurs, de critiquer le judaïsme, la religion juive. Je me content de confronter entre elles différentes interprétations du code judaïque. Je m’occupe de l’idéologie juive, de la politique identitaire juive, et du discours plitique juif. Je pose la question de savoir ce qu’implique le fait d’être juif. J’en recherche les connotations métaphysiques, spirituelles et sociopolitiques. »

P59 : « Bien entendu, il est possible qu’il n’y ait pas de centre de décision du tout. Il est plus que vraisemblable que « les juifs » n’ont aucun centre mondial ni aucun quartier général. Il est également probable qu’ils ignorent le rôle particulier qui est le leur à l’intérieur de l’ensemble du système, de la même manière qu’un organe n’est pas conscient du rôle qu’il joue dans la complexité d’un organisme. (…) C’est probablement en cela que réside la plus grande force du mouvement sioniste : il a transformé le mode de fonctionnement tribal juif en un système collectif d’une redoutable efficacité. »

P74 : « Le sionisme est pérennisé par l’antisémitisme. Cela explique la raison pour laquelle les sionistes sont tellement enthousiasmés par la montée des incidents antisémites dans les statistiques. De la même manière, la politique marginale gay est alimentée par l’homophobie, et le féminisme prospère sur fond de chauvinisme mâle. »

P77 : « Partant, la quête de sa propre identité authentique ne peut qu’être associée à la misère la plus criante : plus on recherche son moi authentique, et plus on est engagé dans le processus d’identification qui aboutira, en fin de compte, à l’aliénation totale. J’en appelle ici au tour de passe-passe subversif de Lacan, le Cogito cartésien, un tour de passe-passe par lequel le « je pense, donc je suis » devient « vous êtes là où vous ne pensez pas ». En effet, si le fait de penser n’avait qu’un effet, ce serait bien celui de vous extraire de votre moi. »

P84 : « Il y a bien longtemps, j’ai trouvé qu’en remplaçant le mot « femme » par le mot « juif », et le mot « homme » par le mot « Gentil », un texte lesbien séparatiste pouvait être transformé sans problème en pamphlet radical sioniste et vice-versa. Le séparatisme lesbien est une forme de « féminisme extrémiste » ; il requiert un glissement à partir de la prise de conscience que « toute femme peut être lesbienne » vers la perception radicale que « toute femme doit être lesbienne ». De la même manière, un sioniste usera de l’argument selon lequel « tout juif doit être sioniste », préférablement à « tout juif peut être sioniste ». Certains sionistes vont même encor eplus loin, arguant du fait qu’Israël était « l’État du peuple juif », tout juif doit être considéré comme sioniste. Par conséquent, le rejet du sionisme par un juif doit être vu comme une trahison, ou au minimum comme un geste de détestation de soi. (…) L’Holocauste a été une « victoire sioniste » exactement de la même manière que tout viol est interprété par les idéologues séparatistes comme une vérification de la validité de leur théories. Comme nous l’avons vu, la politique marginale est entretenue par l’hostilité envers soi-même. Afin d’entretenir la politique marginale, la haine adressée à soi-même doit devenir avantageuse. Les sionistes comptent sur les synagogues brûlées et certaines agitatrices lesbiennes séparatrices comptent sur les victimes de viols. S’il n’y avait pas de synagogues brûlées, le Mossad pourrait aller jusqu’à en incendier lui-même. Dans la vision du monde séparatiste, un tel comportement est légitime parce que la fin est beaucoup importante que les moyens, et parce leur campagne est plus importante que toute forme d’intégrité morale. »

Etc.

Etc.

Etc.

Ce genre de citations, présentant un propos intelligent et argumenté, le livre de Gilad Atzmon en fourmille. En lisant ce livre, j’ai eu l’étrange sentiment de pouvoir enfin mettre des mots sur des pensées que j’avais, peut être à cause de mon jeune âge et manque de recul, encore du mal à formuler. En effet, cela doit faire à peine un an que j’ai commencé à réellement me questionner sur cette idéologie. Nombre de mes coreligionnaires, amis ou membres de ma famille préfèrent encore justifier les critiques de l’État juif par le fait que ses contradicteurs seraient « antisémites ». J’avoue pudiquement que ce discours m’a un temps convaincu, mais j’en suis aujourd’hui revenu.

Je ne peux donc que conseiller fortement la lecture de cet ouvrage qui est un condensé d’éléments réflexifs et de réponses à des questions fondamentales, concernant la paix au Proche-Orient, mais aussi la paix intérieure d’individus s’interrogeant sur les raisons qui peuvent pousser des citoyens à priori « bons » à tolérer que des agissements tyranniques, causant le malheur et la mort de nombre d’innocents, soient effectués en leur nom.

Il est néanmoins certain que beaucoup risquent d’être choqués par la Parabole d’Esther. Leurs croyances et leurs certitudes se verront ébranlées. Les juifs se sentiront épris de la désagréable sensation que depuis leur plus jeune âge, on les a maintenu dans le mensonge, afin de les rendre dociles et de servir des projets dont ils n’étaient au final, pas conscients.

De ce sentiment de malaise peut naître plusieurs réactions contradictoires : soit l’éveil d’une curiosité constructive, visant à chercher à comprendre la pensée d’Atzmon, résolument humaniste, et se mettre sur le chemin de la vérité qui mènera à la paix et à la réconciliation ; soit une réaction de rejet, ainsi qu’elle a pu être illustrée par des individus visiblement incapables de saisir les subtilités des paradigmes intellectuels d’un homme à la plume acerbe et impitoyable, mais sincère. Mais lorsque ces derniers cherchent à pervertir le sens d’écrits qui ne laissent aucune place au doute quant à ses intentions, je ne peux croire qu’il s’agit là d’une forfaiture inconsciente. Ces calomniateurs, par la grossièreté de leurs ficelles, ne font finalement que se calomnier eux-mêmes.

Ce livre doit donc être, ainsi qu’en appelle son auteur, le point de départ d’un véritable débat démocratique et serein, condition essentielle au triomphe de la Raison sur les préjugés et les évidences trompeuses ; ainsi que de la mise au ban de l’Histoire de ceux qui cherchent à maintenir la population à l’abri de ces questionnements, dont les réponses briseraient leur empire fondé sur l’ignorance.

Pour aller plus loin :

Acheter le livre kontrekulture / Les éditions Demi-Lune

Son site internet

+ Quelques vidéos éclairantes de l’auteur…

Et puis si vous voulez un peu rigoler, vous pouvez regarder cela :

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