Mort de Gilles Jacquier : la responsabilité des rebelles se précise.

Posted on janvier 21, 2012

6


Il aura fallu 9 jours pour que l’information filtre. 9 jours durant lesquels la fabrique du consentement nous a intoxiqué, tentant de nous persuader, dans un élan de conspirationnite aigüe, que les troupes sous les ordres de Bachar Al Assad avaient intentionnellement assassiner 8 de leurs partisans ainsi que le journaliste français.

Cependant, dès le début, il était légitime de douter de cette version. Je l’avais fait dans mon article « La mort de Gilles Jacquier : écran de fumée médiatique ?« , et seul Morice s’était violemment opposé à cette démarche, ce qui en dit long sur la philosophie contre-insurrectionnelle du bonhomme et de ses rédacteurs (il n’écrit pas seul). J’arrête ici avant d’être banni comme le fut Castor en son temps

Mais voilà, tonton Dassault a fini par laisser son journal sortir l’information : Gilles Jacquier aurait été victime d’une bavure des insurgés.

C’est George Malbrunot, ex-otage en Irak, qui s’est chargé de rapporter la nouvelle :

« Quelques heures après l’attaque qui a provoqué la mort de Gilles Jacquier à Homs, mercredi 11 janvier, un dirigeant d’une organisation des droits de l’homme de cette ville a confié à un responsable de l’opposition syrienne en France qu’il s’agissait «d’une grosse ânerie» commise par les adversaires de Bachar el-Assad. (…) «Peu après l’attaque, on a su assez rapidement, dans certains milieux de Homs, qui avait tiré», ajouta la source. »

Sous prétexte qu’il fallait « disposer d’autres éléments avant que Le Figaro n’en fasse état » nous sommes restés durant 9 jours ignorants de cette information cruciale. Mais peut-on sérieusement croire que l’Elysée, qui criait aussi au complot, n’ait eu vent de cette information durant ce laps de temps malgré l’étendue de nos services de renseignement ? En fait, il semble bien que la France avait bien pris connaissance de ce fait, étant donné que mercredi 18, un diplomate du Quai d’Orsay s’était déjà exprimé sur la question : «Nous les avons sollicités afin que toute la vérité soit faite sur cette affaire». Pour résumer, la fabrique du consentement n’a pas besoin de beaucoup d’éléments pour spéculer sur des thèses conspirationnistes sans queue ni tête (quel aurait été le mobile du crime ?), mais prend tout son temps pour laisser filtrer des informations cruciales pour la compréhension de la situation.

De plus, un responsable de la Ligue Arabe, dans une déclaration larmoyante, nous affirme que l’Armée Syrienne Libre (ASL) aurait été « poussée à la faute par les miliciens pro-Assad, qui défiaient ses hommes depuis plusieurs jours. Les déserteurs ont voulu leur donner une leçon et leur faire peur. » Il y aurait donc deux types de morts, ceux qu’on cherche à excuser (qui servent les intérêts atlantistes) et ceux qu’on cherche à instrumentaliser contre le régime de Damas.

Cette affaire nous permet de relativiser la portée des témoignages, qui furent nombreux à envisager la manipulation. Même les journalistes les plus chevronnés s’y sont laissés prendre ! C’est la faiblesse des reporters de terrain : ils n’ont pas toujours les éléments de contexte nécessaires à la compréhension des événements, dont ils ne sont que les relais. C’est aux journalistes « assis » de faire le travail d’analyse afin de pondérer les déclarations des officiels ou de leurs confrères afin que le public, le plus souvent ignorant (chacun son métier, cela n’a rien de pédant), ne soit pas trompé de la sorte.

Notre devoir de citoyen est donc de douter des informations que l’on tente de nous faire avaler. Plus que jamais, il est nécessaire d’obtenir l’indépendance des médias et la liberté de presse pour nos journalistes, afin qu’ils puissent enfin défendre les intérêts du peuple, et non celui de l’oligarchie qui contrôle notre système. Les Indignés du PAF se sont formés pour que les médias se remettent au service de la démocratie, rejoignez-nous !

Publicités