Robespierre, grand-père des 99% ?

Posted on décembre 13, 2011

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Robespierre : je ne crois pas que la revolution soit finie

Robespierre : je ne crois pas que la revolution soit finie

Ah, que nous avons la mémoire courte ! Alors que les Indignés du monde entier se démènent pour alerter l’opinion sur les dérives de notre système, il suffit de se plonger dans notre passé pour voir que ce constat a été fait bien avant eux… 

 

N’ayons pas peur des mots, Maximilien de Robespierre est un des plus grands hommes de l’Histoire. Si son parcours fût ponctué d’erreurs, sa mémoire fût en partie salie par les contre-révolutionnaires qui l’ont chargé du fardeau de la Terreur. Un des rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, défendant son application avec conviction, il était aussi favorable au suffrage universel, à l’abolition de la peine de mort et à la liberté de la presse… Un visionnaire défendant des valeurs dont nos hommes politiques feraient bien de s’inspirer aujourd’hui.

A ce titre, le dernier discours de celui que l’on surnommait « l’Incorruptible », prononcé à la Convention le 26 juillet 1794 (en intégralité ici, en version dub – avec des ajouts du discours du 11 août 1791) est troublant tant il entre en résonnance avec notre époque.

Morceaux choisis :

11 août 1791 :

“ Et si le but de la société est le bonheur de tous, la conservation des droits de l’homme, que faut-il penser de ceux qui veulent l’établir sur la puissance de quelques individus, et sur l’avilissement et la nullité du reste du genre humain ?

Quels sont donc ces sublimes politiques qui applaudissent eux-mêmes à leur propre génie, lorsque, à force de laborieuses subtilités, ils sont enfin parvenus à substituer leurs vaines fantaisies aux principes immuables que l’éternel législateur a lui-même gravés dans le coeur de tous les hommes ?

Ah ! si la balance cessait d’être égale, n’est-ce pas en faveur des citoyens les moins aisés qu’elle devrait pencher ? Les lois, l’autorité publique n’est-elle pas établie pour protéger la faiblesse contre l’injustice et l’oppression ?

Par un étrange abus des mots, (…) ils ont nommé leur intérêt particulier l’intérêt général, et, pour assurer le succès de cette prétention, ils se sont emparés de toute la puissance sociale.”

26 juillet 1794

« Le cœur flétri par l’expérience de tant de trahisons, je crois à la nécessité d’appeler surtout la probité de tous les sentiments généreux au secours de la République.

Je sens que partout où on rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu’il soit assis, il faut lui tendre la main, et le serrer contre son cœur.

Vous voulez détruire la représentation, vous qui la dégradez par votre conduite, ou qui la troublez par vos intrigues.

On a proposé dans ces derniers temps des projets de finance qui m’ont paru calculés pour désoler les citoyens peu fortunés et pour multiplier les mécontents. 

On vous a dit que tout est bien dans la République : je le nie.

On se cache, on dissimule, on trompe : donc on conspire. On était audacieux, on méditait un grand acte d’oppression ; on s’entourait de la force pour comprimer l’opinion politique après l’avoir irritée ; on cherche à séduire des fonctionnaires publics dont on redoute la fidélité ; on persécute les amis de la liberté.

La contre-révolution est dans l’administration des finances. Elle a pour but (…) d’ébranler le crédit public en déshonorant la loyauté française, de favoriser les riches créanciers, de ruiner et de désespérer les pauvres, de multiplier les mécontents, de dépouiller le peuple des biens nationaux, et d’amener insensiblement la ruine de la fortune publique.

Vous croirez être retournés sous le couteau des anciens conspirateurs  ; le peuple s’indignera ; on l’appellera une faction (…) enfin, à force d’attentats, on espère parvenir à des troubles dans lesquels les conjurés feront intervenir l’aristocratie et tous leurs complices, pour égorger les patriotes et établir la tyrannie.

Voilà une partie du plan de la conspiration. Et à qui faut-il imputer ces maux ? A nous-mêmes, à notre lâche faiblesse pour le crime, et à notre coupable abandon des principes proclamés par nous-mêmes.

Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l’amour de l’égalité et de la patrie, la liberté n’est qu’un vain nom.

Le peuple a changé de chaînes et non de destinée.

Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. »

Deux jours plus tard, l’insurrection grandit dans Paris, mais Robespierre refuse de dicter des ordres illégaux à ses troupes, et la situation lui échappe.« Si vous m’abandonnez, vous verrez avec quel calme je saurai boire la ciguë…” avait-il prévenu ses fidèles. Il semble qu’il tenta d’échapper au déshonneur suprême de la guillotine à l’aide de son pistolet. Simplement blessé, c’est la mâchoire brisée qu’il montera sur l’échafaud. Sa tête sera exhibée comme le fût celle du roi en 1793…

On est bien loin du contexte des années 2011 (quoi qu’il y a de nombreuses similitudes : crise économique, guerres etc.), mais on peut tout de même en tirer quelques enseignements.

Pour arriver à ses fins, le mouvement révolutionnaire en cours de constitution, en France et dans le monde, devrait se prendre plus au sérieux. L’Indignation Bisounours n’est pour le moment pas prête de fonctionner… Pour preuve ? L’échec de ces courants de pensée, même dans les pays où les militants sont légions. En Espagne, la droite vient d’emporter les élections ! La plateforme Democracia Real Ya !, avait appelé à favoriser les petits partis, choix discutable au vu du système bipartiste de l’Espagne… Si, semble-t-il, les votes blancs et l’abstention furent aussi importants que les votes pour le Parti Populaire, cela ne remettra pas en question la validité du scrutin.

Je fais preuve d’impatience, car il y a urgence. Bien sûr que tous les efforts effectués jusqu’ici ne sont pas vain, mais diantre, voilà des mois que le mouvement existe, et je n’entend presque jamais parler (sauf en petits cercles) de la façon dont nous pourrions renverser le pouvoir !

Alors que les esprits commencent à se mettre en branle, j’apporterai quelques propositions de réformes du mouvement :
Arrêter de rêver éveillé. Les affaires dont il est question sont hautement sérieuses.
Un système de leadership (modalités à définir) avec un véritable contre-pouvoir de l’Assemblée. Cela permettra de dynamiser la gestion des projets, de faciliter la communication avec le grand public, tout en se préservant de la corruption et des abus de pouvoir.
Revenir sur la perpétuelle recherche du consensus, qui est une impasse stratégique (a-t-on déjà vu une Révolution qui faisait l’unanimité ?).
– Une forte décentralisation du mouvement, pour être plus réactif et autonome.
– Réussir à jeter des ponts avec la population, et faire en sorte qu’elle puisse s’engager, même de façon plus passive que les militants classiques, qui n’ont pas le monopole de l’indignation.
– Une orientation stratégique claire : la façon dont nous pourrons modifier les institutions. Les moyens les plus crédibles semblent être l’utilisation d’un Referendum d’initiative populaire / citoyenne, pour réclamer la tenue d’une assemblée constituante afin de réécrire les règles du jeu démocratique.
Arrêter de se focaliser sur le caractère mondial du mouvement. Il n’y aura pas de révolution globale. Les peuples sont différents, et ils évoluent et pensent de manière différente. Croire qu’un beau jour, l’Europe se soulèvera est totalement utopique… Par contre, le scénario de l’effet domino me semble déjà plus crédible.

Les Indignés doivent comprendre qu’ils n’inventent rien, et doivent tirer des leçons du passé et des événements qui rythment l’actualité. Ils doivent faire preuve d’audace, de créativité, de réactivité, et surtout être prêt à revenir sur des principes qui freinent l’accession à son but, la mise en place d’une réelle Démocratie.

Si nous y parvenons, j’en connais un qui sera fier de nous…

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